N°35 COVID l’an 2

printemps 2021

Partagez- moi !

La lettre version papier…c’est fini. La COVID aura eu raison de moi. Alors n’hésitez pas à me partager dans vos réseaux pour faire connaitre les actions d’AMD au Bangladesh, c’est ma seule façon d’exister. Merci d’avance !

Chers(ères) ami(e)s,

il y a un an la pandémie de coronavirus débutait. Très rapidement nous avons pressenti que cela allait être différent de tout ce que nous connaissions. Nous étions pessimistes…Nous étions loin du compte.

Cette épidémie nous a conduit bien au-delà des pires prévisions et remis en question toutes nos certitudes. Chacun d’entre vous, d’entre nous avons déjà payé au prix fort les conséquences de cette épidémie et on ne mesure pas l’impact à long terme.

Le Bangladesh, les programmes d’AMD ont également été impactés de plein fouet.  Annulation des missions, des soirées, des événements pour collecter des fonds, chute vertigineuse des dons, allant jusqu’à remettre en question l’existence même d’AMD.

Et pourtant le programme Bangladesh continue. De cette épidémie ne sont pas nés que des catastrophes et de la misère.

Nous allons dans cette lettre vous parler des solutions que nous en France et notre équipe  au Bangladesh avons trouvé pour continuer de faire vivre ce projet et continuer à aider les plus pauvres à avoir accès à de l’aide  médicale et nutritionnelle. Nous allons voir comment il a été possible des réaliser des téléconsultations, des téléréunions qui nous ont ouverts des perspectives inattendues en terme de suivi, de réflexion en commun, de maintien du lien, d’autonomisation des équipes.

Oui plus rien ne sera jamais comme avant, mais de bonnes choses sont nées des contraintes imposées par la covid. 

Nous allons vous dire comment la solidarité s’est manifestée dans ces périodes si difficiles.

Plus que jamais votre présence à nos côtés est indispensable, merci !

Les membres du copil


SOMMAIRE

La mission chirurgicale version 2021

Des nouvelles des enfants

Des nouvelles du programme

En France la mobilisation continue


La mission chirurgicale version 2021

Thierry Craviari – Chirurgien

Lundi 11 janvier 2021, Gap, France, 4h45 du matin, le réveil sonne. Je me lève pour partir au Bangladesh. Cette année pas de problème de visa, d’horaire de train, d’avion, de stress du voyage, d’excès de bagages, pas de problème de douane. Cette année,  c’est dans mon salon en chausson et emmitouflé dans ma fourrure polaire alors qu’il neige à gros flocon dans le jardin que je compte participer à la consultation de Chakaria au Bangladesh. La seule question qui se pose c’est : est-ce que la connexion internet avec le Bangladesh va être assez bonne pour pouvoir faire des téléconsultations ?

J’allume mes 2 ordinateurs. Un est dédié à la base de donnée ou sont archivées toutes les données des patients, le deuxième me servira pour voir les patients et l’équipe et pouvoir discuter avec eux.

A Chakaria il est 10h quand je commence à me connecter… Personne ! J’attends quelques minutes puis incroyable, Ershad le kiné en chef du centre apparaît, puis Kazi l’administrateur du programme. Quel bonheur de pouvoir communiquer ainsi alors que 7990 km nous sépare. Bernard Parent est à Grenoble, il nous rejoindra également.

Après les retrouvailles, la consultation commence. La connexion il est vrai est un peu hachée, déconnexion… puis ça repart. 

Je me surprends à discuter avec les patients les familles. Eux ne sont pas surpris pour le moins du monde. 

Au total toute la semaine je passerai 8 heures par jour à consulter. Nous reverrons une centaine de patients grâce à cette téléconsultation. La majorité des enfants opérés les années précédentes seront revus pour s’assurer qu’aucun n’est en difficulté.

Je pourrai consulter à Moheshkali et Ukhia, 2 de nos sous centres au sud de Chakaria.

Nous ferons de nombreuses heures de réunions avec Kazi à Chakaria, Shahidul à Dhaka, Taslim le chirurgien à Chittagong. 

Nous sélectionnerons avec le Dr Taslim 25 patients qui seront opérés cette année par lui-même en totale autonomie. Je lui donnerai quelques conseil technique, mais lui me rassurera, en me disant de ne pas m’inquiéter. Il saura faire !

D’ailleurs à l’heure où vous lisez ces quelques lignes la mission chirurgicale se déroule à Chittagong. Nos amis du Bangladesh assument cela  sans l’aide de volontaire expatrié d’AMD…Une nouvelle page de ce programme est en train de s’écrire, celle de l’autonomie.


Des nouvelles des enfants

Laky à 24 ans. Elle a 3 sœurs et 2 frères. Elle présentait un rachitisme sévère non traité faute de moyens financiers. Une opération a permis de lui redresser les jambes. Elle marche maintenant sans problème et  rêve de devenir institutrice.

Sekotara a 18 ans. Elle aussi n’a pas été traitée faute de moyens. Elle présentait un pied bot sévère et marchait avec grandes difficultés. Des plâtres successifs et une opération ont permis à Sekotara de remarcher normalement.

Joynal a consulté nos kinés à l’âge de 10 ans. Il présentait une paralysie cérébrale avec une marche quasiment impossible. La kiné a permis d’améliorer la situation mais à cause de rétractions tendineuses importantes, une opération a été réalisée par Thierry Haumont . Joynal a pu retrouver une certaine autonomie de marche grâce à cette opération, aux attelles et au déambulateur. Hélas la kinésithérapie n’a pu être poursuivie et aujourd’hui Joynal présente à nouveau des déformations et des troubles de la marche. Une nouvelle opération est à envisager, sans doute l’année prochaine ! En attendant Kiné et appareillage vont être proposés.

Soton présentait des mains en « pince de homard ». Cette malformation congénitale est relativement fréquente au Bangladesh sans que l’on puisse réellement savoir pourquoi. Toxicité alimentaire, hérédité ?

Elle a été opérée en 2 temps. Aujourd’hui elle va bien !


Des nouvelles du programme

Rénovation, extension à Chakaria, c’est parti !

Freddy Balestro – Administrateur

Nous avions depuis 2018 le souhait de rénover le centre de Chakaria, d’aménager un espace dédié à l’enfant paralysé cérébral, et de faire une extension de l’atelier de production d’attelles de prothèse qui devenait exiguë.

Dans un premier temps il a fallu se mettre d’accord entre partenaires en France et au Bangladesh sur le projet de rénovation et de construction. Cela n’a pas été si simple ! Il a fallu ensuite se mettre en quête de partenaires financiers. Les fondations Anber, Mérieux et Wavestone ont répondu présent. Nous avons 70% des 90 000 euros nécessaires à ce programme. Il a fallu enfin faire valider ce projet par le ministère des organisations non gouvernementales au Bangladesh. Là encore la tâche a été ardue. 

Toutes ces étapes ayant pu être franchies malgré l’adversité. L’argent nécessaire pour débuter les travaux a pu être transféré. 

Les travaux vont enfin pouvoir commencer ! Nous avons bon espoir de finaliser la première tranche des travaux en 2021.

Il est peu probable qu’une équipe d’AMD-KDM puisse se rendre sur place durant les travaux. Nous allons mettre en place un système de suivi de chantier par vidéo. 

Depuis quelques semaines, des téléconsultations ont été testées entre la France, la Belgique et le Bangladesh. Les résultats sont très encourageants. Nous allons nous appuyer sur cette expérience pour mettre en place ce suivi de chantier.

Ceci est possible grâce à la confiance qui a été établie depuis 20 ans entre AMD-KDM  Kazi et son équipe.

Dans les camps des Rohingas

Ershad – Kiné

La problématique des camps de Rohingas est toujours un énorme problème au Bangladesh. Contre l’avis des association de défense des droits de l’homme, certains de ces réfugiés ont été transféré sur l’île de Bashan Char. Cela ne règle pas le sort des centaines de milliers rohingas restant dans le sud-est du Bangladesh. Nous avions construit en 2016 un sous centre à Ukhia à quelques kilométres de Kutupalong ou se situe le plus grand camp de réfugié.

Ce centre d’Ukhia est devenu progressivement le camp de base pour de multiples actions d’aide nutritionnelles, d’éducation sanitaire et de soins pour les patients rohingas. Les enfants atteints de pieds-bots, de rachitisme, de paralysies cérébrales et autres types de handicaps ont pu bénéficier de l’expertise de notre équipe.

Aide Nutritionnelle

Kazi Maksudul Alam – Administrateur

Le Bangladesh n’a pas été le pays le plus impacté par l’épidémie de coronavirus  ( 535 139 cas, 8 127 décès), la population étant jeune (âge médian 25 ans).

Cependant les répercussions de cette épidémie ont été majeures sur les plus pauvres et les plus vulnérables qui ont vu leurs ressources encore diminuer. Nombreux sont les travailleurs journaliers dans ce pays, privés de revenus lors du confinement, et livrés à la famine, le soutien de l’Etat étant inexistant.

Dès le mois de mai 2020, grace à un financement de la fondation Alberici, AMD a demandé à la SARPV, l’association avec qui nous travaillons au Bagladesh, de fournir une aide alimentaire aux familles les plus pauvres dont les enfants sont soignés dans nos centres.

C’est ainsi que la SARPV a pu distribuer à 125 familles des rations comprenant 25 kg de riz, 1 litre d’huile et 5 kg de légumineuses. Cette aide a permis à ces familles de parer, pendant plusieurs semaines, à la carence alimentaire qui s’installe dans le pays.

En février 2021 la fondation Mérieux a aussi apporté son aide à 200 familles de nos patients handicapés qui ont reçu de quoi survivre pendant un mois: riz, huile, légumineuses, oignons et pommes de terre. Cette opération sera reconduite pendant les mois de mars et avril.

Remercions les fondations  Mérieux et Alberici pour leur générosité et aussi les équipes de la SARPV qui gèrent cette aide alimentaire qu’il faut parfois amener dans des villages retirés.

Mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans un océan de détresse, surtout si la situation pandémique se prolonge. Nous devons poursuivre nos efforts !


En France la mobilisation continue

Je quitte l’association… mais pas le projet !

Sabine Vilmin

Très impacté par le Covid (annulation des missions et baisse des dons des particuliers), le bureau d’AMD a désiré réduire la masse salariale et externaliser une bonne partie de mes fonctions.

C’est un départ dans une nouvelle vie ! Mais quitter le programme Bangladesh dans lequel je suis engagée depuis plus de 10 ans, dans une période bien difficile à laquelle il faut trouver les solutions d’adaptation, m’a paru un déchirement de plus.

Comment quitter une équipe si tenace et enthousiaste malgré toutes les difficultés rencontrées, les amis bengalis, tous ces enfants qui ont un réel besoin d’aide, cette grande famille de bénévoles autour de ce projet ? 

Mon cœur est avec eux tous, et tant que j’en ai le temps, je continue à aider sur ce programme !

Attention covid !

Pas de soirée Bangladesh, pas de concert, pas de feu solidaire…

Mais cet été, Clémentine a pu continuer ses vides greniers. C’est 2300 euros qu’elle a pu récolter.

Marie-Jo, Françoise, Mavi, Valérie et leur équipe de mains agiles ont organisé des ventes de bonnets, sacs, masques et autres accessoires à l’hôpital de Gap aux alentours de Noël. Ce fut un franc succès ! Chacun a pu faire ses cadeaux grâce à leur production. Bravo à toute l’équipe des « mets ton bonnet ». Là encore le produit de leur vente ira pour financer la caisse solidaire pour les enfants du Bangladesh. 

Un ami du Bangladesh s’en est allé…

Yann, infirmier au bloc opératoire de Gap a toujours eu une grande affection pour le programme Bangladesh. Bout en train infatigable, il avait animé la soirée 2018 à la Saulce. La montagne l’a pris cette année un week-end de janvier.

Pour ta cérémonie, ni fleurs, ni couronnes. Les dons, nombreux, sont allés pour les enfants du Bangladesh. « C’est ce que tu aurais voulu ! » nous a dit Sandrine, ta femme. Merci !

Adieu Yann, toutes nos pensées vont à ta famille si douloureusement éprouvée par ton départ.

Un pilotage du programme qui s’adapte

Bernard Parent

Comme toutes les facettes du projet, le comité de pilotage du projet AMD Bangladesh a dû s’adapter aux contraintes sanitaires : plus de réunion en France, plus de mission sur place. Heureusement, les moyens de vidéo-réunion qui se sont développés partout dans le monde (Skype, Zoom..) ont permis de recréer nos échanges d’informations, avec de bonnes images et des discussions bien partagées, aboutissant  à des décisions solidaires.

L’expérience acquise par Thierry en consultation s’adapte parfaitement à nos réunions de comité de pilotage malgré des  participants  dispersés du Bangladesh à la France, Grenoble, Lyon, Gap et en Belgique. Evitant les déplacements et les attentes, diffusant instantanément tout document utile, le système facilite même ces réunions à géométrie variable, -copil restreint pour les questions pointues ou urgentes, -copil élargi pour des discussions plus générales, compte-rendu sur la base de l’enregistrement, c’est super !

Bientôt le chantier qui va s’ouvrir à Chakaria sera suivi en vidéo, il pourra ainsi bénéficier en temps réel du regard de tous les bâtisseurs de l’équipe, quel pas en avant au détour de cette vilaine épreuve du Covid !

Il manque bien… le petit café de Sabine, la tarte apportée par les gapençais, mais on apprendra à les goûter… virtuellement !

Une nouvelle voie vient de s’ouvrir et nous comptons bien poursuivre ce chemin de l’adaptation pour pouvoir survivre face à l’adversité !

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