N°37 Retour vers le Bangladesh

printemps 2022

Février 2020, COVID oblige, nous suspendons toutes nos missions au Bangladesh. Janvier 2022, dans l’incertitude totale, nous planifions une mission. En pleine vague omicron, le COVID se répand comme une trainée de poudre. Contre toute attente, les planètes s’alignent, et, malgré les obstacles multiples, notre voyage sera possible. Nous serons 3, Suzanne, Benjamin et Thierry. Sur place, la joie de retrouver les équipes est immense.

Après 2 ans d’absence, le projet, loin de péricliter, est en plein essor :

°La SARPV notre association partenaire au Bangladesh continue plus que jamais son engagement auprès des populations vulnérables.

°Le nouveau bâtiment qui comprend l’extension de l’atelier d’appareillage est quasiment fini. Il est magnifique et offrira une grande amélioration des conditions de travail. La rénovation du reste de l’atelier va bientôt pouvoir commencer. En attendant, celui-ci tourne à plein régime. 

°Dans le centre et les sous-centres les équipes sont au complet et les consultations sont réalisées en totale autonomie par nos amis bengalis. Sauf exception, les locaux sont propres et fonctionnels.

°Le programme chirurgical se déroule également dans de bonnes conditions, d’autant que nous avons pu utiliser les nouveaux locaux d’hospitalisation. Les enfants opérés les années précédentes vont bien.

°L’esprit de solidarité que nous avions impulsé prend forme et les bengalis commencent à participer au financement des soins aux plus pauvres.

°Enfin le Bangladesh change, on vous parlera de ce pays incroyable.

Vous l’avez compris c’est plein d’optimisme que nous sommes rentrés de notre mission, même si, pour cause de test COVID positif, le retour a été bien plus problématique que l’aller !

Suzanne, Benjamin, Thierry


SOMMAIRE

SARPV

Le nouveau batiment

La mission 2022

Hommages

Solidarité


SARPV

Shahidul Haque – fondateur

SARPV (Social Assistance and Rehabilitation for the Physically Vulnerable) est notre partenaire majeur depuis 2001. 

Cette association travaille dans plusieurs régions du Bangladesh mais la majorité des programmes sont localisés dans le sud-est. Alors que notre programme mobilise une vingtaine de personnes, c’est plus de 700 personnes qui travaillent actuellement pour cette association. Au cours de nos 20 ans de collaboration SARPV a gagné en crédibilité et en expertise. Elle travaille en partenariat avec de prestigieuses organisations tel que l’UNICEF, l’UNHCR, le World Food Program, Concern World Wide et bien d’autres. Shahidul Haque le Chef exécutif et fondateur de l’association nous livre son bilan.

Shahidul Haque : 2021 marque l’achèvement réussi de 32 ans du glorieux parcours de la SARPV depuis sa création en 1989. La SARPV a travaillé sans relâche dans ses missions pour assurer l’élévation socio-économique des personnes marginalisées,  défavorisées, sinistrées, y compris les personnes atteintes de handicaps.

Les personnes marginalisées sont confrontées à de multiples problèmes car le public a souvent une perception négative de cette population. Il est temps de changer ce stéréotype social et c’est notre bataille. SARPV travaille pour une société où la justice sera assurée quels que soit la race, le genre ou le niveau socio-économique. Nos perspectives, expériences et expertises sont mises en œuvre pour identifier des problèmes et proposer des solutions durables appartenant à la communauté et gérées par la communauté.

SARPV est fière d’être restée profondément liée avec les gens et les organisations au niveau régional, national et international et d’avoir monté des projets avec leur soutien actif et leur coopération. Dans les années à venir nous pouvons aspirer partager des valeurs positives telles que la liberté, l’égalité, la dignité et la justice. 

Nous sommes fiers du splendide accomplissement de nos actions en rapport avec l’intégration des handicapés, l’assistance humanitaire dans les camps de Rohingyas, la diminution de la malnutrition, la protection des gens contre le changement climatique et les catastrophes naturelles, le développement des énergies renouvelables et la responsabilisation des gens à travers un dispositif de microfinance inclusive. 

 

Camps de Rohingyas, sud-est du Bangladesh

SARPV travaille pour que l’association devienne plus forte et qu’elle puisse traverser les épreuves vers une société future où il n’y aura pas de discrimination et où chacun pourra profiter des mêmes droits et opportunités avec dignité.

Je voudrais exprimer mes sincères remerciements et ma gratitude envers nos partenaires, donateurs, collègues, organisations gouvernementales et non gouvernementales telle qu’AMD, pour être arrivés où nous en sommes aujourd’hui.  


Le nouveau batiment

Freddy Balestro, Benjamin Hitzge – administrateurs

La construction du nouveau bâtiment est maintenant achevée. Ce chantier qui avait débuté en avril 2021 s’est achevé en février 2022. Malgré les difficultés rencontrées à cause de la pandémie du COVID le chantier n’a eu que 3 mois de retard. Durant cette période, nous avons pu suivre l’avancée des travaux grâce à des rendez-vous visio avec Kazi notre administrateur au Bangladesh.

Aujourd’hui nous pouvons dire que ce bâtiment est une réussite il suffit de consulter la galerie de photos prises lors de la mission au Bangladesh en janvier 2022.

C’est le moment de faire le bilan de ce projet qui a été possible grâce aux fondations Anber, Mérieux et Wavestone qui ont assuré la plus grande partie du financement. Ce sont 90 000€ qui ont été nécessaires à la construction du bâtiment.

Au rez-de-chaussée en plus de la nouvelle cuisine et du réfectoire, c’est surtout l’atelier qui va bénéficier de locaux aérés et fonctionnels. 

Le premier étage est destiné à des activités administratives, ce qui permettra de libérer des espaces dans l’ancien bâtiment au rez-de-chaussée et de pouvoir y installer des activités de soins.  Dans ces nouveaux locaux, le personnel du centre de Chakaria va pouvoir accueillir et soigner les enfants dans de meilleures conditions.

La première tranche des travaux étant terminée, c’est la deuxième tranche qui débute : rénovation des anciens bâtiments et aménagement de la salle dédiée aux enfants atteints de paralysie cérébrale. 


La mission 2022

Le journal des sens – Suzanne Craviari, responsable communication

Après des années à en entendre parler, cette année a été ma première rencontre avec le Bangladesh. Quelle surprise, tous mes sens ont été sur-stimulés par ce pays vibrant.

Tout d’abord on en prend plein les yeux. Un voile gris, plus ou moins fort, semble tamiser constamment le paysage. Pollution, poussière, les facteurs sont réunis pour que le soleil ne se montre jamais pleinement. Cependant, les peintures des maisons, les tissus, le monde créé par les bengalis est vibrant de couleurs et motifs. Loin de la petite robe noire, l’ambiance est au rouge, au turquoise, au jaune, les créations humaines sont saturées en couleur et contrastent avec le gris ambiant. 

Puis les oreilles. La nuit comme le jour, le chant des hommes et des voitures. Sur la route, les clignotants ce sont les klaxons, et ils sont dégainés à chaque seconde – une symphonie délicate. Et quand les klaxons s’arrêtent, c’est les voix humaines qui prennent le relais. Club de chant, karaoké ou prières, une culture orale y est très forte et se répand tout au long d’une journée. Si les hindous occupent une bonne partie de la nuit, le muezzin prend le relais au petit matin pour laisser la place aux chansons la journée.

Les papilles ensuite. Ne pas croire un bengali qui vous dit que ce n’est pas épicé. Matin, midi (goûter) et soir, l’énergie déployée dans les assiettes est intense et celle déployée par les hôtes – avant et pendant le repas – est généreuse. Les repas sont copieux et n’en finissent pas. Le retour en Occident peut paraître fade face à tant de puissance.

Et comment ne pas parler de l’odeur. Près du marché, le poisson séché occupe toute la place olfactive disponible. Cependant, c’est sur l’île de Moheshkhali qu’un souvenir d’odeur forte me vient. Un mélange d’essence, de pollution et de produit chimique a rythmé le voyage sur cette île. L’air est dense, et parfois difficilement respirable. Le masque du covid a finalement été un allié, pas seulement contre le virus.

Pour finir par le toucher, celui-ci ne sera pas physique mais émotionnel. Que ce soit la générosité et la bienveillance du personnel du centre médical ou les salutations et regards curieux des personnes croisées dans Chakaria, les interactions ont été pleines de chaleur. Chaque repas partagé, chaque cadeau reçu a créé un nœud supplémentaire sur une maille d’attachement qui a grandi au fil du séjour. Expérimenter le Bangladesh, c’est se sentir pris dans un écosystème – humain et non-humain – foisonnant, entrainant et d’une grande résilience.

Une première mission au Bangladesh – Benjamin Hitzges, administrateur AMD

Après quelques péripéties pour obtenir le précieux visa, quelques craintes avant de passer un test COVID, dernier sésame nécessaire, c’est l’heure du départ. Thierry, chirurgien et cadre expérimenté du programme, Suzanne, qui part pour une première mission de communication, et moi-même, composons l’équipeLa première chose qui frappe à notre arrivée, c’est l’accueil de la part des locaux. Le premier jour, une fête est organisée pour nous souhaiter la bienvenue. Chaque soir, nous sommes invités dans une ou plusieurs familles pour le dîner. Les liens se tissent rapidement et notre curiosité peut parfois nous détourner de certaines de nos tâches. L’effervescence du marché n’est qu’à une quinzaine de minutes à pied, les échanges avec les patients sont toujours intéressants, leur curiosité les amène également à venir nous voir, mais notre mission ne doit durer que quinze jours, et nous devons rester concentrés.

Pour les tâches qui sont les miennes, rapporter sur l’état d’avancement et la conformité au plan initial d’un nouveau bâtiment du centre de Chakaria, établir une liste des besoins en équipement,  faire remonter certains commentaires sur le logiciel médical utilisé sur place, qui est développé en Belgique, faire le point des besoins dans les sous-centre de Ramu, Ukhia et Moheshkali, je réalise rapidement qu’il y aura certains obstacles : la difficulté de trouver le bon interlocuteur, la difficulté de communiquer en anglais avec certains, alors que nous ne parlons pas la langue, celle de s’adapter aux rythmes de travail, différents de ce que nous connaissons en Europe. Au-dessus de ces difficultés, c’est la motivation de chacun qui permet d’avancer. Plus encore que les expatriés, les locaux dont la lutte contre le handicap est le quotidien montrent une volonté immense. Les rencontrer pousse à l’humilité : ils sont l’âme et le moteur du centre et des sous-centres, et nous ne faisons que les assister. 

Cette mission est également l’occasion de voyager dans cette partie sud-est du pays. Partout, c’est cette énergie qui ressort, au calme des rizières succède la frénésie presque chaotique des villages, tout se mélange, s’enchevêtre, les odeurs, les bruits. Nous avons l’occasion de voir des mangroves, des temples, le bord de mer et la plus grande plage du monde, les marchés de village, d’entendre les appels à la prière, le chant des oiseaux peuplant le pays, les concerts de klaxons dans les villes. Nous ne rencontrons partout que des gens accueillants, semblant heureux de nous voir et curieux de nous rencontrer et d’échanger avec nous. Le tourisme semble encore peu développé au Bangladesh et nous ne croisons que très peu d’occidentaux. Nous nous sentons privilégiés.

La mission chirurgicale – Thierry Craviari, chirurgien orthopédiste et coordinateur

2002 – 2022, 20 ans que chaque année (sauf l’année dernière pour cause de COVID) je me rends au Bangladesh dans le cadre de nos missions. Construction, rénovation, équipement, formation, soins et suivi des patients ont émaillé mes missions. J’ai vu ce programme changer, grandir, évoluer. 

Le cap de l’aide au développement a été tenu. Que ce soit à Chakaria, dans les 3 sous-centres ou à Chittagong les locaux et l’équipement ont sans cesse été améliorés. 

Les infirmières, kinésithérapeutes, orthoprothésistes, travailleurs de santé, anesthésistes, chirurgiens, administrateurs ont une autonomie pour l’immense majorité des soins réalisés. 

La qualité des soins est elle aussi au rendez-vous. Quel plaisir de voir les patients et leurs familles le sourire aux lèvres, leur handicap vaincu ! 

Que ce soit les volontaires d’AMD ou le personnel du centre, chacun a été artisan de ce magnifique projet. On peut être fiers de ce qui a été réalisé et de l’état d’esprit dans lequel cela a été accompli. Quel plaisir cela a été pour moi cette année de voir Shetou (kinésithérapeute) réaliser seule les plâtres pour les pieds- bots aussi bien que beaucoup d’experts européens, de voir Ershad (cadre kiné) former ses collègues kinésithérapeutes, de voir le Dr Taslim (Chirurgien) opérer des patients complexes avec des résultats spectaculaires, de voir Rina (orthoprothésiste) usiner avec précision des prothèses de membre, de voir Taslima (comptable) et Kazi (administrateur) adapter avec bienveillance le prix des soins pour les plus pauvres, de voir Shimu (infirmière de bloc) prendre soin de chaque instrument et préparer consciencieusement le programme opératoire du lendemain.

Oui les progrès sont majeurs, mais le travail qui reste à faire est immense. L’activité du centre ne cesse d’augmenter et la problématique des camps de Rohingyas est loin d’être résolue. Nous allons donc poursuivre notre engagement dans ce programme et un nouveau contrat de coopération est prévu à partir de 2023. Espérons, que  vous aussi, vous resterez à nos côtés !  


Hommages

Ghislain et Sabine nous ont quitté ces derniers mois. La maladie les a emportés. 

Ghislain a été pendant des années un des artisans des soirées Bangladesh à Gap. Avec sa musique et son matériel impressionnant, il nous a inondé de sa générosité et de sa bonne humeur.

Sabine a administré le projet Bangladesh au sein du comité de pilotage pendant 13 ans. Sa discrétion et sa modestie cachaient une efficacité, une pertinence, une force de travail et une précision sans égal. 

Chacun a contribué à sa façon à ce projet, nous perdons des piliers, nous perdons des amis. Nos pensées et notre soutien vont à leurs familles éprouvées.

 


Solidarité

Solidarité Bengalie – Kazi Maskudul Alam, administrateur SARPV

La solidarité, la générosité, le besoin de venir en aide aux plus vulnérables est un sentiment international. Au Bangladesh, dans notre programme, elle se manifeste chaque année de façon plus évidente. Cette année nous avons mis en place la poor box qui est une tirelire où chacun durant toute l’année peut participer selon ses moyens. Le point d’orgue de cette solidarité a sans doute été la réalisation de 7 prothèses de membres financées par de généreux donateurs bengalis.

Bangladesh solidaire de l’Ukraine – Alain Chave, volontaire AMD

Notre stock de tenues chirurgicales, de champs tissus de bloc opératoire et de matériel divers, était en attente de départ pour le Bangladesh. La complexité et le coût toujours plus important de l’envoi de matériel au Bangladesh a différé chaque année cette action. 

En février 2022, le conflit Russie-Ukraine a brutalement éclaté et après concertation avec le comité de pilotage du programme, il a été décidé à l’unanimité de venir en aide au peuple ukrainien. Renseignements pris auprès de la mairie et avec le concours de plusieurs intervenants suite à des réunions avec le Maire de Gap, un convoi a été organisé pour acheminer vers la Pologne à la frontière ukrainienne le matériel collecté. Deux entreprises gapençaises ont généreusement mis 2 camions semi-remorques à disposition pour assurer le transport. Arrivés à la frontière, des véhicules ukrainiens ont pris le relais jusqu’à Livl. Il est certain que les besoins de ce peuple sont énormes et nous ne pouvons qu’être satisfaits de cette action qui signe notre soutien face à l’urgence de ce cruel drame humain. 

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